Les Gardiens d’Erûsarden- Poussiere – Alexandre Vaughan

Omirelhen et la république de Niûsanif sont désormais protégés des attaques célestes d’Oeklos. Les armées de celui-ci restent puissantes et il contrôle à présent le reste du continent de Sorcasard. Son ambition est intacte et ce n’est qu’une question de temps avant qu’il ne cherche à étendre son Empire.

Exilé depuis près de dix ans, Domiel a décidé de regagner Dafashûn, le royaume des mages sur l’île continent de Lanerbal. Il espère convaincre le conseil des mages de soutenir Omirelhen dans la lutte contre le baron Oeklos qui utilise la magie des anciens dans sa guerre de conquête.

Karma. Aridel le mercenaire, de son vrai nom prince Berin, descendant de la dynastie de Leotel, regagne Omirelhen pour se réconcilier avec son destin. Shari l’accompagne, préoccupée par la puissance d’Oeklos et troublée par la prophétie d’Oria retrouvée par Domiel.


Léotel, roi d’Omirelhen n’est pas là pour les accueillir, il est victime d’une maladie soudaine. Delia, la sœur d’Aridel, assume la régence. Shari et Aridel, inquiets, insistent pour rencontrer le roi qui leur confie la mission de se rendre dans l’archipel de Sûsenbal afin de former une alliance avec l’empereur contre Oeklos et s’assurer ainsi la maîtrise des mers.

Oubliant son passé, Djashim le gamin des rues, se trouve à bord du Tigre Blanc, navire amiral de la marine de Niûsanif, au poste d’aspirant. Son navire attaqué, il va être recueilli par le Dragon des Mers sur lequel il retrouve Domiel en route vers Dafashûn.

Sorcamis. Daethos, Shaman Sorcami, est impatient de rencontrer Itheros, le Ûesakia de Sorcamien, réfugié en Omirelhen après la prise de pouvoir d’Oeklos. Ils restent désormais les seuls à espérer rétablir la paix entre les Sorcamis et les Humains. La prophétie d’Oria est au cœur de leurs conversations.


Deuxième volet de la tétralogie des Gardiens d’Erûsarden, Poussière reprend l’histoire dErûsarden aussitôt après la fin de Lumière. Quittant le continent de Sorcasard, nous allons suivre les protagonistes dans leur combat contre le baron Oeklos.

D’un côté Shari, Aridel et Daethos à travers les mers jusqu’aux îles orientales de Sûsenbal, nous font découvrir le palais impérial de Susenbhin et ses intrigues, jusqu’à une destination qu’ils ne soupçonnent pas encore.

De l’autre côté Domiel et Djashim, accompagnés de Lanea, l’amour de jeunesse de Domiel vont chercher à contrer la source de la menace qu’Oeklos fait peser sur le royaume de Dafashûn pour l’empêcher de se joindre au combat. Pour cela ils devront trouver la clé de la cité légendaire des anciens dans les montagnes des Lanerpic.

Ces personnages mus par leur volonté de combattre Oeklos et guidés par d’étranges rêves et la prophétie d’Oria prennent de plus en plus d’épaisseur au fil des pages et nous suivons leurs aventures et leurs évolutions sans percer le mystère d’Erûsarden.

Car, du mystère il y en a, dans ce monde d’Erûsarden où la science des anciens se confond avec la magie des légendes, où les prophéties semblent se réaliser comme des prévisions, où les hommes sauriens, les sirènes et les nains, créatures mythiques, sont issues de transformations d’apprentis sorciers, et où les mages sont les dépositaires d’artefacts mécaniques et électroniques.

Comme dans les autres livres du monde d’Erûsarden, celui-ci est accompagné de cartes et d’une chronologie à consulter sans modération au cours de la lecture.
Il est disponible Ici en version papier ou numérique avec son Trailer vidéo.

Quand vous l’aurez lu, si vous êtes impatients de connaitre la suite, vous pouvez d’ores et déjà lire le prochain volume Glace qui parait en feuilleton à partir du premier chapitre Ici.

La vague montante -Marion Zimmer Bradley

Cette novella parue en février 1955 dans « Fantasy and Science Fiction » est un cas à part dans la production de l’époque. L’ayant lue dans les années 1970 dans l’anthologie « Après … la guerre atomique » de Charles Nuetzel, je me souvenais que ce texte m’avait marqué par sa différence, mais je n’en gardai qu’un souvenir diffus.

A l’occasion de sa réédition en octobre 2019 par les éditions « Le Passager Clandestin« , j’ai eu envie de le relire. C’est une novella donc un format facile et rapide mais qui ne permet pas un développement profond du contexte et des idées, et pourtant…

L’histoire, classique dans le genre, est celle du retour de descendants d’une expédition interstellaire, ayant colonisé une planète isolée, qui arrivent après cinq ans de voyage sur une terre qui ne ressemble en rien à ce qu’ils avaient imaginé.

Le protagoniste principal, le capitaine Brian Kearns, espère trouver une planète que les avancées scientifiques et la conquête de l’espace auraient transformé en paradis technologique. A sa grande surprise, ils trouvent une société pastorale d’ou la technologie est absente…

Plus de soixante ans après, le thème du livre trouve des échos étranges dans nos débats actuels sur la décroissance. Découvrant avec Brian Kearns, qui semble la rejeter, le fonctionnement de cette société « utopique » nous n’avons que peu d’informations sur les événements qui ont conduit à la transformation d’une société de production et de consommation de masse en une société de petites communautés ou les individus semblent totalement autonomes.

Sans dévoiler le « twist » final, il faut reconnaître que Marion Zimmer Bradley nous propose ici une solution originale aux problèmes posés par le progrès sans limites, avec une certaine naïveté et en occultant le chemin qui y mène. Les questions du rapport entre l’individu, sa communauté, la nature et l’ambition de l’humanité sont bien posées et leurs réponses donnent à rêver dans leur simplicité(isme). C’est bien l’objet de la SF en tant que littérature de l’imaginaire.

Bonne lecture

Trop semblable à l’éclair – Ada Palmer

Utopie, vous avez dit utopie?
Dans le cycle de « Terra Ignota » Ada Palmer renoue avec une science-fiction prospective nourrie par sa perspective d’historienne.

2454, il n’y a plus de conflits armé, la société est une société d’abondance, les nations ont disparus, chacun est libre d’adhérer ou non à une « Ruche », au nombre de sept, elles ont remplacé les états nations tombés en désuétude et réduits à leur folklore historique, la famille nucléaire s’est éteinte, remplacée par le « Bash » groupe familial d’un nombre variable d’adultes élevant des enfants issus ou non des membres du groupe.
Tout ceci a été rendu possible par les progrès techniques, dont un élément central du livre, le système « Mukta » transport individuel par des véhicules rapides pilotés par un système centralisé.
L’opposition de genre masculin/féminin a disparu, symbolisée par l’utilisation par le narrateur en VO du « Singular they » traduit en français par « on » ou « ons » pour les besoins du lecteur contemporain.
Les religions organisées sont interdites mais la spiritualité, voire la théologie sont encouragées sous la supervision des « Sensayers ».

Tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes ?
Ce n’est pas certain, et notre guide Mycroft Canner, Mycroft en hommage à Sherlock Holmes, condamné à être un Servant pour le reste de son existence, suite à des crimes qui seront révélés au court du récit, va nous faire découvrir cette société si étrange, plongeant au cœur d’une enquête sur une machination médiatique, le vol d’une liste des dirigeants les plus populaires, on va comprendre son importance au fil du livre.
Nous voilà, tel Watson accompagnant Holmes, découvrant les indices au fur et à mesure de l’avancement de l’intrigue. Chaque nouvelle découverte ajoutant à notre perplexité tout en nous en apprenant de plus en plus sur ce monde étonnant.

On, Ons, Mycroft, tout en insistant sur le politiquement correct des formes neutres, continue à utiliser les genres dans ses descriptions des protagonistes.
L’écriture du livre est déroutante, d’ailleurs notre narrateur nous prévient dès la première page qu’il choisit une langue ancienne, celle du « Siècle des lumières » pour conter son époque qui emploie d’autres langues et d’autres formes. Tout au long de la narration, Mycroft se permet des apartés, adresses ou même suppliques au lecteur pour qu’il lui accorde son pardon pour les libertés de ton qu’il s’octroie.
On trouvera de nombreuses références à Voltaire dit Le Patriarche, Diderot dit Le Philosophe, Rousseau, Sade et autres représentants des Lumières.
En dépit de ces références, le monde que nous parcourons, très rapidement grâce au système de transport « Mukta » n’est pas centré sur l’Europe et intègre toutes les cultures.

Politique.
La disparition des états nations et des blocs politiques classiques a laissé place à de nouveaux rapports de force. Les sept « Ruches » ont chacune leur point fort, population, foncier ou revenu. Ces rapports de force évoluent constamment et le succès populaire de chaque ruche est mesuré par la liste des sept/dix qui est publiée et commentée régulièrement, chaque journal ou groupe la publiant a sa propre version, et ces différentes versions influencent les rapports de force entre les ruches.
Les dirigeants des ruches, par souci de stabilité, se rencontrent régulièrement pour que les variations soient minimes et que l’équilibre des forces soit maintenu. Le vol d’une liste avant sa publication provoque une crise qui conduit les dirigeants à diligenter l’enquête à laquelle participe Mycroft.

Instabilité.
Au milieu de la multitude des personnages que rencontre Mycroft, la plupart faisant partie des dirigeants de la planète, du « Bash » gérant le « Mukta » ou des enquêteurs, trois personnalités atypiques émergent.
Le premier, Bridger est un enfant dont l’origine nous reste inconnue, possédant des pouvoirs quasi divins, accompagnés de son armée miniature, et dont l’existence n’est connue que de Mycroft et de certains membres du « Bash ».
Le deuxième est le fils du dirigeant de la Ruche Macon, J.E.D.D. Maçon, apparemment capable au moins de lire dans les esprits mais dont les capacité réelles nous sont inconnues.
Le troisième, que nous découvrirons plus tard, fut le complice de Mycroft pour les crimes qui lui ont valu sa condamnation.

En conclusion.
Résumer ce livre est une gageure, le « Worldbuilding », la multitude de personnages, les strates superposées des intrigues, les fondements philosophiques et historiques en font un livre difficile. Il faut parfois revenir en arrière pour relier les trames.
Je reprend l’analogie avec le Dr Watson qui accompagne Sherlock dans ses enquêtes. C’est ce plaisir d’essayer de comprendre la richesse des énigmes et la façon de les résoudre qu’Ada Palmer nous propose, qui donne tout son sel à ce premier tome. Un véritable jeu de piste avec des culs-de-sac, des impasses, des illuminations soudaines, et pour finir un véritable « Cliffhanger » qui donne envie de lire la suite le plus rapidement possible.


La survie de Molly Southbourne – Tade Thompson

Molly est morte, Molly est vivante, la maison est en flammes.
Un numéro de téléphone tatoué sur le bras pour un appel au secours.
« La survie de Molly Southbourne » reprend le fil de l’histoire commencée dans le premier volume, avec une Molly ensanglantée, désorientée, contemplant la maison en flammes.

Ons sont venus, ont effacé les traces, nettoyeurs de l’ombre, protecteurs et menaçants. Je suis seule à nouveau, seule avec mes Molly intérieures qui hantent mes rêves, reconstruisent mon passé, me font sombrer dans la folie.

La survie, mais pas seulement. Dans cette deuxième novella, Tade Thompson nous convie au voyage intérieur d’une Molly nouvelle-née à la recherche de ses origines et aux prises avec un passé qui ne lui appartient pas tout à fait. Elle n’est plus seule.

La galerie des personnages s’enrichit. James, bien sur est toujours présent, phagocyté par sa rencontre avec Molly. Tamara(s), ombre parmi les ombres, sauront-t-elles éclairer le chemin de Molly. Vitaly en dépositaire des secrets de son passé est-il un ange ou un démon?

Yin et Yang, entre voyage intérieur immobile et action violente, le chemin de notre nouvelle Molly continue à explorer la psyché du monstre dans lequel sommeille l’humanité.

Bonne lecture

PS – critique à lire sur Le culte d’Apophis.

L’empire du silence – Christopher Ruocchio

Premier volume d’une saga qui en comportera au moins quatre, « L’empire du silence » nous introduit dans un univers de Space Opera matiné de Fantasy digne des plus grands. Les références à Dune de Frank Herbert, à la saga de Vorkosigan de Lois McMaster Bujold pour le côté SF et au Nom du vent de Patrick Rothfuss pour la Fantasy ont été évoquées dans de nombreuses critiques du livre. Il n’est nul besoin de connaitre ces références pour l’apprécier, la forme comme le fond relèvent d’une originalité qui rendent ce premier tome du cycle du « Dévoreur du soleil » un livre à la fois singulier et familier aux amateurs du genre.

Spoiler. Dès les premières lignes, l’auteur nous dévoile le destin d’Hadrian Marlowe qui est à la fois le protagoniste principal et le narrateur. C’est lui qui va nous raconter son histoire, sous une forme alternée de chroniques et de confessions. Tout au long de ce premier volume le récit va alterner entre la naïveté du jeune Hadrian Marlowe qui vit les événements au jour le jour et le point de vue rétrospectif du dévoreur de soleil qu’il est devenu. Cette perspective a posteriori nous permet de découvrir cet univers complexe et les différentes composantes qui s’y confrontent.

Contexte Galactique

L’humanité, après qu’une guerre impliquant les Mericanii et leurs machines pensantes a ravagé la terre, s’est répandue depuis dix-sept millénaires dans cinq bras de notre galaxie. L’entité politique la plus importante est l’Empire Sollien qui représente la moitié des mondes colonisés et est divisée en quatre primarcats. Les autres représentants de l’humanité forment des ensembles plus réduits voire des micro-états.
La guerre en détruisant la terre et impliquant des machines pensantes a engendré une religion dont la terre d’origine est la divinité, l’humanité, la race élue, et qui proscrit toute utilisation de techniques s’apparentant à des machines intelligentes. Cette religion, la Fondation domine tout l’empire et l’empereur lui-même y est soumis. La chasse aux hérétiques est une composante primordiale de la Fondation à travers l’inquisition qui s’impose à tous les autres pouvoirs.
Du fait de l’absence de machines intelligentes, l’empire a créé un ordre monastique de savants, chercheurs et théoriciens, les Scholiastes.
L’Empire, au nom de l’humanité entière est en guerre contre une race non humaine, les Cielcins, peuple extraterrestre nomade, voyageurs de l’espace que la Fondation veut exterminer.

Planètes

Delos est la planète d’origine d’Hadrian, une des plus anciennes planètes terraformées. Elle est dirigée au nom de l’Empire par la famille Kephalos et divisée en préfectures dont la préfecture de Meidua dirigée par l’archonte Alistair Marlowe époux de Liliana Kephalos, parents d’Hadrian.
Emesh est la planète où il atterrit après son premier voyage, elle est dirigée par Lord Balian Mataro. . C’est une planète pauvre récemment intégrée à l’empire. Elle possède une espèce indigène les Umandhs et recèle des ruines d’un antique civilisation disparue.

Hadrian

Hadrian est le fils aîné et l’héritier présomptif de l’archonte Marlowe, il a été éduqué par Tor Gibson, scholiaste qui sert la famille depuis plusieurs générations et qu’il révère comme un modèle. Comme tous les nobles il a bénéficié d’améliorations et de sélection génétiques lui octroyant entre autres une immunité contre les maladies et une longévité exceptionnelle. Il a un jeune frère Crispin et soupçonne son père de destiner la succession à celui-ci. Jaloux et pourtant son rêve est de parcourir l’univers comme les héros des récits qui ont enchanté son adolescence et la succession.
Formé à l’usage des armes et à l’administration, il est trop adolescent pour assumer les obligations imposées par son père et sa position et sa jeune rébellion l’entraîne dans un exil forcé pour lequel il obtient le soutien de son précepteur.
Parti sur un vaisseau pour un voyage au long cours dans un caisson cryogénique, il va atterrir sur la planète Emesh où de mendiant à myrmidon combattant les gladiateurs dans les jeux du cirque il finira par rejoindre la cour de Lord Balian et finalement rencontrer les Cielcins.

Tourbillon

De mésaventures en aventures, Hadrian est ballotté par les événements et son destin est forgé par ses rencontres et son entourage. Commençant sur Delos par Tor Gibson son mentor, Sir Felix Martyn son maître d’armes, Kyra une pilote de navette, la galerie de personnages se poursuit sur Emesh. Cat, jeune mendiante qui partage sa vie de vols à la tire et de mendicité, et lui fait découvrir la ville de Borosevo. Switch, Ghen, Siran, Pallino et les autres myrmidons qui combattent à ses cotés dans l’arène du Colosso. Anaîs et Dorian Mataro les enfants de Lord Balian. Valka Onderra xénologue originaire de la Stochocratie de Tavros en dehors de l’Empire, fascinante Valka. Bassinder Lin, officier de sécurité de la légion de l’Empire. Sir Olorin Milta maitre d’armes des principautés Jaddienne et sa lieutenante Jina Azhar.
Dans ce premier volume, nous n’avons pas affaire à un héros, mais à un jeune homme réagissant par instinct à ce qui lui arrive. Le récit à la première personne permet au Dévoreur de soleil de se pencher avec ironie sur cette partie de sa vie. Grâce à sa perspective il donne un sens à ce qui semble n’en avoir aucun et il souligne la jeunesse et la naïveté d’Hadrian.

Perspectives

Ce premier tome est prometteur, il brosse le portrait d’un univers dont nous ne faisons qu’effleurer la complexité. L’auteur a ajouté en annexes, un Dramatis personae qui reprend les personnages principaux, un Index des mondes qui retrace l’histoire de la galaxie jusqu’au moment ou le récit démarre et un Lexique.
Il comporte réellement une fin qui ne laisse aucune frustration mais donne cependant l’envie de connaitre la suite du récit de la vie du Dévoreur de soleil.
Les personnages sont désormais bien en place et nous attendons les prochains tomes des aventures spatiales d’un Hadrian adulte et maître de son destin.

PS – critique à lire sur Le culte d’Apophis.

Le Temps Fut – Ian McDonald

Avec « LE TEMPS FUT », Ian McDonald signe une novella bien loin de tous ses romans. Le thème, l’écriture, les époques et les lieux sont empreints de nostalgie. Ce livre a le charme des anciennes photos sépia. Et pourtant en à peine cent quarante pages nous voyageons dans l’espace(Londres, Le Caire, la Crimée, Nankin, le Suffolk et le Lincolnshire), dans le temps, (de l’époque du brexit à la guerre de Crimée, en passant par la première et la seconde guerre mondiale), dans les livres (qui traversent les lieux et les époques et nous transmettent leurs messages), et dans l’incertitude…

Quatrième de couverture

Bouquiniste indépendant, Emmett Leigh déniche un jour un petit recueil de poèmes lors de la liquidation de la librairie d’un confrère. Un recueil, Le Temps fut, qui s’avère vite d’une qualité littéraire au mieux médiocre… En revanche, ce qui intéresse Emmett au plus haut point, c’est la lettre manuscrite qu’il découvre glissée entre les pages de l’ouvrage. Pour le bouquiniste, tout ce qui peut donner un cachet unique et personnel à un livre est bon à prendre. Il se trouve ici en présence d’une lettre d’amour qu’un certain Tom adresse à son amant, Ben, en plein cœur de la Seconde Guerre mondiale. Remuant ciel et terre – et vieux papiers – afin d’identifier les deux soldats, Emmett finit par les retrouver sur diverses photos, prises à différentes époques. Or, la date présumée des photos et l’âge des protagonistes qui y figurent ne correspondent pas… Du tout.

Voyage dans le temps

C’est par petites touches que Ian McDonald nous convie à ce voyage temporel. Emmett le bouquiniste s’attache à l’histoire de Tom et Ben et grâce à ses relations dans le milieu des historiens de la seconde guerre mondiale retrouve leur trace au Caire. Le mystère s’épaissit lors de sa rencontre avec Thorn dont l’arrière grand-père a connu Tom et Ben. De fausses pistes en évènements étranges à la X-Files en passant par la mécanique quantique, à travers les récits d’Emmett , Tom et Ben, des photos retrouvées grâce à Sharzad, historienne ayant une mémoire absolue des visages, le récit façon puzzle se précise jusqu’à la révélation finale que l’on devinera sans doute.

Le charme ce cette novella doit beaucoup à l’écriture de Ian McDonald qui passe du poétique au trivial puis au tragique, avec des descriptions des lieux et des paysages, des scènes de la vie des personnages et des évènements historiques sanglants, sans jamais s’éloigner de l’intrigue.

Emmett, le personnage principal est bouquiniste, mais le héros de l’histoire est sans aucun doute le recueil de poèmes « Le temps fut », livre qui se transmet à travers les ages et sert de messager entre les personnages.

Bonne lecture.

PS – critique à lire sur Le culte d’Apophis.

Les Gardiens d’Erûsarden – Lumière – Alexandre Vaughan

Sorcasard, le continent où cohabitent les humains, les Sorcami (hommes-sauriens) et les Nains n’a plus connu de conflit d’importance depuis plus d’un siècle. Tout au plus quelques escarmouches entre les seigneurs pour des conflits frontaliers. Ces conflits sans importance permettent à des mercenaires comme Aridel de louer leurs services.

Omirelhen, au sud du continent est désormais un royaume. Leotel, troisième du nom, y règne de son palais dans la cité de Niûrelhin. Shas’ri’a ou Shari, princesse de Sûsenbal, arrive à la cour comme ambassadrice de l’empire des îles orientales. Peu de temps après, un autre visiteur, Itheros, Ûesakia des Sorcami arrive à son tour à la cour.

Rapidement, les événements vont se précipiter. La guerre, déclenchée par le mystérieux baron Oeklos de Setosgad, son armée de Sorcami et son arme magique, s’étend sur Fisihmen et menace de se répandre sur tout le continent. Sortelhûn et Setirhelen son directement menacés.

Contre la menace, le roi Leotel confie à Shari et maître Nidon la mission de trouver comment neutraliser l’arme du Baron, et charge son fils Sunir d’organiser la défense du royaume et préparer une contre offensive par la mer.


Aridel, le mercenaire, après les premières attaques des Sorcami a fui Fisimhen et, accompagné du mage Domiel rencontré pendant sa fuite rejoint l’armée Sortelune pour participer la défense de Sortelhun et Setirehlen.


Menacés de toutes parts, les états de Sorcasard pourront-ils résister à la menace du Baron Oeklos et de de ses alliés Sorcami. Que cherche le baron ? Conquérir Sorcasard, surement, mais s’arrêtera-t-il à la conquète de ce continent ?

Itheros le Sorcami, contraint à l’exil pourra-t-il trouver des alliés parmi son peuple, et, en joignant ses connaissances à celles de maître Nidon, du mage Domiel et de l’ambassadrice Shari , contrer les plans d’Oeklos.


Ce premier volume de la tétralogie des Gardiens d’Erûsarden nous entraîne à la découverte de Sorcasard, de batailles en batailles, sur terre et sur mer. En parallèle nous voilà lancé dans une quête du savoir des anciens, savoir indispensable pour comprendre et contrer la puissance d’Oeklos.

Le roman est construit autour des personnages d’Aridel le mercenaire, Shari la princesse ambassadrice, Sûnir le prince héritier, Domiel le mage, Ithéros le Sorcami, et Djashim l’enfant des rues. C’est à travers leurs yeux qu’il nous fait découvrir le monde d’Erûsarden.

Ces personnages, leurs histoires, leurs cheminements et leurs combats, imprègnent le récit. Leurs joies, leurs peines et leurs déchirements donnent chair aux événements qui se succèdent à un rythme soutenu. Et c’est avec plaisir que nous les retrouverons dans les volumes suivants.

Comme dans les autres livres du monde d’Erûsarden, celui-ci est accompagné de cartes et d’une chronologie à consulter sans modération au cours de la lecture.
Il est disponible Ici en version papier ou numérique..

Mémoires d’Erûsarden – Alexandre Vaughan

Mémoires… en quatre nouvelles, nous allons plonger dans le passé d’Erûsarden et découvrir les événements qui ont forgé les légendes dont se nourrissent les romans. Chaque nouvelle est un jalon de l’histoire du monde extraordinaire d’Erûsarden dont la genèse est suggérée dans le prologue. Nous y découvrirons les habitants, humains, hommes-sauriens, nains, mages, les empires et royaumes qui le composent grâce aux récits des aventures palpitantes de Wicdel, Liri’a, Fresil, Samel et Nemosor.

Hînkon Ardayn

Les terres inconnues, c’est le titre du journal de voyage de Liri’a, une jeune fille qui fuyant mariage forcé, a quitté le continent dErûsard pour se rendre en Sorcasard. Ce journal, datant de trois siècles, va conduire Wicdel, un jeune Sorûeni, que nous avons déjà rencontré dans Le trésor des Sorcami, à la découverte des merveilles de Sorcasard. Alternant entre le récit de Liri’a et les aventures de Wicdel, ponctué de cartes et d’énigmes runiques, nos deux aventuriers nous conduiront de la république de Niûsanif jusqu’au cœur de la jungle dans la fabuleuse cité des mythiques Sorcami, Sorkhoroa.

La guerre des Sorcami

Quelques années après les voyages de Liri’a, nous voilà de nouveau en Sorcasard, en compagnie de Fresil, noble sans terre de l’Empire de Dûen, soldat de l’armée venue conquérir les terres de la péninsule d’Omirehlen, dans une guerre contre les « sauvages » Sorcami. Cette nouvelle reprend le journal de Fresil, relatant la campagne militaire des dûenis contre le royaume Sorcami, jusqu’à la conquète et l’établissement du duché d’Omirelhen.

Les Nains et l’Empire

Quatre-vingt cinq ans après la guerre des Sorcami, l’empire de Dûen a quasiment conquis Sorcasard, divisé en duchés. Les Sorcami conservent le centre du continent à la suite du traité de Niûsanin. Après des années de paix, des nains venus de l’île de Ginûbal viennent de s’emparer de la ville de Leosumar au nord du duché de Sortelhun.
Samel, natif du duché, est un conscrit dans l’armée impériale qui marche contre l’armée des nains. Sorferum est un Sorcami, recueilli par les nains, ayant tout oublié de son passé.
Les combats et les rencontres des trois peuples vont nous révéler l’histoire récente du continent de Sorcasard et nous en apprendre encore un peu plus sur les mystérieux anciens.

Nemosor

Nemosor est un habitant de Dafashûn, le pays des mages, sur l’île continent de Lanerbal. Dafashûn est le pays des mages, gardiens du savoir des anciens. Nemosor, étudiant à l’université de Dafakin va trouver sur son chemin une mystérieuse société secrète qui cherche à utiliser les savoirs interdits qui ont provoqué la chute des anciens et de l’empire mythique de Blünen. Y-parviendra-t-il ?

Ces quatre nouvelles chronologiquement antérieures au Trésor des Sorcami, l’éclairent et l’approfondissent, et sont heureusement complétées par une chronologie de l’empire de Dûen. L’épilogue, éclairant à sa manière cryptique, nous projette vers le futur et introduit le cycle des Gardiens d’Erûsarden. Que de promesses.
Il est disponible Ici en version papier ou numérique..

Le trésor des Sorcami – Alexandre Vaughan

Ce premier roman de l’auteur nous place d’emblée dans un univers de Science Fantasy déjà bien défini avec son histoire, sa géographie, ses habitants humains et non humains dont nous découvrirons les origines tout au long du cycle entamé ici. Ce monde se nomme Erûsarden.

Roman d’aventures de voyages et de découvertes, il nous conte les aventures de Léotel et Padina, à la recherche de Wicdel, un des rares habitants du village à avoir parcouru le monde, et dont les récits constituent une source d’émerveillement pour nos deux jeunes amis. Wicdel dont la disparition mystérieuse décide la jeune Padina à suivre sa trace.

Erûsard, le continent d’où partent nos jeunes aventuriers est principalement constitué par l’Empire de Dûen, un empire de type féodal qui a jadis tenté de conquérir Sorcasard le continent des Sorcami ou hommes sauriens. Leurs aventures vont les mener au pays des mages en Dafashûn puis sur le continent de Sorcasard, leur périple s’achevant en Omirelhen.

Au cours des pérégrinations de nos jeunes héros, nous découvrons la géographie, l’histoire et les peuples qui constituent ce monde. L’auteur sème des indices qui présagent des explications que le lecteur que je suis espère découvrir dans les autres romans de la saga d’Erûsarden.

Tout ceci concourt à la mise en place d’un univers cohérent au fil d’aventures parfois déroutantes mêlant « magie » et « technologie » aux frontières mal définies. Mystérieux dragons volants, prophéties, hommes sauriens, nains, la Fantasy est bien présente sans jamais occulter la science fiction qui reste en filigrane.

Indissociable des romans prenant place dans des environnements féodaux, les luttes entre seigneurs et les batailles épiques de la dernière partie du roman contribuent à faire de ce livre un très bon roman d’aventures accessible à tous les lecteurs de littérature d’évasion.

Original tout en s’inscrivant dans la tradition de la Science Fantasy à l’instar des romans de Jack Vance ou d’Anne McCaffrey, pour ne citer que quelques exemples, ce premier roman augure de suites qui contribueront à enrichir un univers qui ne demande sans doute qu’à s’étendre dans le temps et l’espace.

Ne manquez pas les chroniques à venir sur l’univers d’Erûsarden. Les livres terminés sont disponibles sur Erusarden.fr (Gratuits en Epub). Le dernier livre en cours parait en feuilleton hebdomadaire. Bonnes lectures.

Havensele Cité Rouge – Charlotte Bona

Rouge, comme le sang. Le sang de l’humanité, ce sang que Cité a vu versé à flots lors de son éveil en temps de guerre. Ce sang que les humains continuent à répandre dans leur soif inextinguible de puissance et de pouvoir.

Alors que Mathilde s’adapte avec difficultés à sa nouvelle vie en Havensele, Thomas, Alexian et l’ensemble des émissaires continuent à essayer de contenir les conflits qui couvent entre les nations.

Moscou et ses mafias russes, le Kazakhstan et ses islamistes, Washington et ses agences plus ou moins occultes, en passant par la Suède et le Guatemala … Alexian et Thomas sont sur tous les fronts, les scènes d’action survitaminées évoquent les images des blockbusters du cinéma américain.
En dépit de leurs efforts, le cataclysme anticipé par Cité semble inéluctable.

La situation de Mathilde en Havensele est presque aussi complexe. Son caractère bien trempé provoque des conflits avec les fondateurs et avec Cité, pendant que ses relations avec Thomas et Alexian soufflent le chaud et froid… avec sensualité.

Ce troisième tome tient toutes les promesses issues des deux premiers. Nos personnages, particulièrement Mathilde et Alexian sont de plus en plus incarnés. Les personnages secondaires introduits dans les tomes précédents gagnent en épaisseur. Le fil de la narration qui semblait dirigé de façon à peu près linéaire se complexifie de boucles et de nœuds, et le dénouement pourra surprendre plus d’un lecteur.

Conclusion de la trilogie, Cité Rouge est plus sombre que les deux premiers. Toujours aussi vivant et addictif, il est difficile de résister au désir de tourner la page pour connaitre la suite. Les descriptions des lieux sont si évocatrices parfois qu’on ne peut s’empêcher de rechercher des photographies pour les comparer aux visions que l’on imagine. Le rythme trépidant auquel s’enchaînent les événements est soutenu et heureusement que l’autrice nous ménage quelques respirations dans l’intimité de ses personnages.

Si vous avez aimé les deux premiers, vous ne serez pas déçus par celui-ci, et on attend avec impatience de voir quels chemins prendra l’autrice pour ses prochains romans.

PS – Il est disponible en format numérique Kobo/Fnac, Epub, Amazon.

Existence – David Brin

De la SF tout compris

Il existe des auteurs ambitieux, David Brin est certainement de ceux-là. En terminant la lecture d’Existence je me suis posé la question :

Est-ce le roman ultime de Hard SF?

A chacun sa réponse..

Au début du roman nous sommes en 2050, la terre a connu une catastrophe nucléaire sous forme d’attaques terroristes lors du « Jour sombre ». L’environnement global a continué à se dégrader sur la lancée du réchauffement climatique, montée des eaux, océans poubelles ….
Les Etats-unis ont éclaté à la suite du « Jour sombre », la Chine est devenue la première puissance d’une économie plus mondialisée que jamais et stabilisée dans sa structure sociale par le « Superaccord » conclu entre les gouvernants réunis dans l’Union Mondiale et les puissances économiques divisant la société en dix « Ordres ». Le développement des réseaux et des Intelligences Artificielles présentes dans tous les domaines donne accès à tous à toutes les informations et a permis l’émergence de véritables personnalités virtuelles dont le rat Porfirio.
On pourrait se croire dans un roman de la Tétralogie Noire de John Brunner, autant par le fond que par la forme. David Brin se référe explicitement à Tous à Zanzibar dont il a repris la structure narrative inspirée de Dos Passos.

Une brochette de personnages principaux exceptionnelle. Premier à entrer en scène, Gérald, astronaute éboueur assisté par un singe évolué. Puis Hacker Saénder, play-boy multimillionnaire aventurier jouant à l’astronaute avec ses fusées sportives. Le personnage central, Tor Povlov, une journaliste free-lance toujours à l’affût d’informations délaissées par ses confrères. Hamish Brookeman, écrivain d’anticipation catastrophiste opposé aux dernières avancées scientifique et techniques, porte-parole du « Mouvement du Renoncement » dirigé par Tenskwatawa. Jonamine Bat Amittai, auteur de « La corne d’abondance de Pandore » dont les extraits parsèment l’ensemble du livre. Lacey Sander, mère de Hacker et membre du Premier Ordre. Peng Xiang Bin et son épouse Mei Ling, coolies chinois, subsistants de la récupération d’objets engloutis lors de la submersion de Shangai. Le professeur Noozone, scientifique Rasta Jamaïcain animateur du show « L’univers est à vous ».

On y trouve encore une entité hybride composée à partir d’un mélange d’esprit entre les autistes et les ia, ayant son propre langage à la ponctuation symbolique.

« Qu’est-ce qui compte, alors ?/? le progrès ? de nouveaux esprits ??
après le cortex et les bibliothèques : le Web, lacis, réseau-ia
— quoi encore ?/!
pour offrir l’espoir/l’échec à cette folle humanité +/?
aux brillants esprits horlas 1 +/?
ou aux hybrides-autistes tels que moi +/?
« 

Et puis des Néandertaliens recréés, des Dauphins et des singes sapiens, des cyborgs, des robots conscients.

Enfin, des extraterrestres, de toutes provenances et de toutes formes, virtuels, contenus dans des univers de poche, émissaires de civilisations lointaines, rivaux ou alliés, rivalisant de séduction pour convaincre les habitants de la terre de se joindre à eux… Mais pour quoi faire?


Et l’histoire dans tout ça.

Les histoires, car le fil narratif est multiple. Le livre se divise en huit parties, les six premières se situant dans une continuité temporelle, les deux suivantes reprenant chacune quelques années plus tard.

Dans les six premières parties, l’histoire suit les personnages, en commençant par Gerald et sa découverte d’un artefact étrange dans l’espace. D’où vient cet artefact ? Est-il vraiment extraterrestre ? Est-ce un canular ? Les destinées s’entrecroisent, mêlant recherche scientifique, aventures, explorations, enquêtes journalistiques, manipulations politiques, barbouzes, révélations médiatiques à un rythme soutenu. Se mêlent aux aventures des robots, des ia, un e-ssaim, des dauphins, des auties. D’autres artefacts venus du fond de l’histoire humaine apparaissent. Et le tout converge vers une révélation finale qui va permettre de mettre en place les deux dernières parties.
Il est difficile de parler des deux dernières parties sans dévoiler des éléments des six premières. Nous y retrouvons nos protagonistes des années plus tard, préparant l’humanité aux conséquences de la révélation finale. Nous découvrons une grande partie de l’histoire des civilisations galactiques, des conflits et batailles, et l’enjeu et les défis y sont immenses.

Des idées, encore des idées

Le thème principal du roman est Le Paradoxe de Fermi. David Brin y apporte des réponses originales qui se chevauchent et se contredisent au fur et à mesure des découvertes. Il introduit aussi une série de questions aux éventuels observateurs extraterrestres remettant en question leurs comportements supposés. Comme dans « Le cycle de l’élévation » il donne une place singulière à l’humanité au sein des civilisations galactiques.
Autour de ce thème transversal, il nous propose une vision du futur conduisant l’humanité à dépasser les catastrophes qu’elle a elle-même engendrées.
David Brin fait preuve d’un optimisme très Américain, et pour lui, c’est à partir du progrès technologique, de la liberté individuelle et de la liberté d’entreprendre que l’humanité pourra continuer à avancer.
Cette liberté n’est pas restrictive, elle inclut la coopération comme dans le cas des e-ssaims, groupes d’individus informels qui collaborent ensemble à la résolution de problèmes d’une manière plus efficace que des structures hiérarchiques.
Sa vision de l’humanité est ouverte et il y intègre à la fois les humains « normaux », les « auties » ou autistes surdoués qu’il considère comme une espèce à part, des néandertaliens recréés, des néo-dauphins et des néo-chimpanzés, des intelligences artificielles, des cyborgs, et même pourquoi-pas des extraterrestres qui adhèrent à sa vision.
Les choix technologiques du roman excluent toute possibilité de voyage supra-luminique, et c’est à partir de technologies à notre portée qu’il envisage les déplacements à travers l’espace, voile solaire propulsée par laser, frondes balistiques par exemple.

Et pour finir

Existence est un roman riche en idées, en concepts, en questions. Les réponses fournies sont celles de l’auteur, et même si on n’adhère pas à ses convictions les questions restent valides.
Mais surtout pour l’amateur de SFFF c’est un roman d’imaginaire, mêlant de façon originale, aventures, merveilleux voire fantastique, à une vision réaliste de la science à travers des personnages attachants.
A travers l’espace, à travers le temps, ici et ailleurs, de l’infiniment petit à l’infiniment grand, un superbe roman de Hard Speculative Fiction.
Bonne lecture.

PS – critique à lire sur Le culte d’Apophis.

Fanzine # 2

Le numéro deux, plus de dessins d’Alan et Clément, et des BD strips de Clément. Le numéro de la maturité? En hommage à André-François.

Un magazine d’amateurs issu de rencontres à la bibliothèque de Lambézellec.

Aurora – Kim Stanley Robinson

« Mon ami , tu ne trouveras pas d’autres mondes,
Pas d’autres mers, pas d’autres planètes, nul endroit ou t’enfuir…
Tu es pris dans un nœud que tu ne pourras pas défaire,
Car la terre aussi est un vaisseau interstellaire.
 »

Cette traduction/transcription d’un poème de Constantin Cavafy résume le thème d’Aurora, livre fascinant aux niveaux multiples et qui demande un effort de lecture. Le thème du livre est un classique de SF, un vaisseau arche envoyé pour coloniser le système d’Aurora.

SYNOPSIS

L’histoire commence 160 ans après le lancement du vaisseau et suit Freya une adolescente, fille de Devi ingénieure en chef du vaisseau et de Badim. Freya, que Devi considère comme un peu lente, nous fait découvrir au travers de ses rencontres à la fois les différents biomes du vaisseau et les multiples cultures qui s’y sont développées durant le voyage au parmi les deux mille habitants qui y sont confinés.
Robinson auteur de Hard-SF, détaille de façon approfondie les mécanismes du vaisseau, de son écologie et de son fonctionnement en général. Ceci rend son écriture un peu ardue et demande un effort au lecteur.
Sans dévoiler le déroulement du récit, la richesse des thèmes abordés dans ce roman est foisonnante, trop peut-être.
La première partie nous conduit à l’arrivée du vaisseau à destination et aux premières tentatives de colonisation et de terraformation qui ne se passent pas sans embûches.
Dans la deuxième partie, les problèmes rencontrés entraînent une scission parmi les passagers du vaisseau, entre ceux qui veulent poursuivre les efforts de colonisation et ceux qui veulent revenir sur terre.
La troisième partie suit les partisans du retour qui se voient obligés par manque de ressources de confier la conduite du voyage à l’IA du vaisseau, constituée d’un réseau d’ordinateurs quantiques.
Dans la quatrième partie, le seul protagoniste est l’IA du vaisseau. Accède-t-elle à la conscience? Nous suivons toutes ses interrogations « algorithmiques » à propos des choix à effectuer pour mener ses passagers à bon port.
La dernière partie décrit le retour à la terre qui est bien différente de ce qu’elle était à leur départ et qui a connu elle aussi son lot de difficultés.

LECTURE

Lisez ce livre
Lisez le pour Freya qui est humaine, trop humaine.
Lisez le pour le vaisseau qui est connaissance devenue conscience.
Lisez le pour les biomes, arcologies écologiques à l’équilibre toujours remis en cause
Lisez le pour le voyage dans l’espace admirablement décrit.
Lisez le pour ses mondes à coloniser.
Lisez le pour sa science.
Lisez le pour …

Il y a tellement de choses dans ce roman, vous allez sauter des passages, revenir en arrière, essayer de comprendre, vouloir espérer, composer avec les échecs.

Certains parlent d’un ouvrage pessimiste, et c’est vrai qu’il n’y a pas de futur radieux ni pour les voyageurs ni pour ceux qui sont restés. La science qui y est proposée ne crée pas un monde idéal, les connaissances avancent en même temps que la conscience d’une complexité qui conduit à l’humilité. Les protagonistes humains ou IA ne sont ni des génies ni des héros, ni des dieux. Le chemin qu’ils suivent leur fait comprendre que l’important est de prendre soin de ce qu’ils ont et de ce qu’ils sont ensemble.

Complexe, fascinant, envoûtant, contemporain et intemporel, essayons de comprendre avec Freya nos forces et nos faiblesses pour faire le plein d’humanité.

Littératures de l’Imaginaire – Subversives par nature?

Il faut bien admettre que les littératures de l’imaginaire ou SFFF ne sont pas mise en avant par les médias français contemporains.

Les pages culture des quotidiens, hebdomadaires ou mensuels, des radios , des télévisions évoquent facilement les romans classiques ou contemporains, les romans policiers ou thrillers et même la bande dessinée considérée comme le neuvième art. Les littératures de l’imaginaire restent les grandes oubliées des médias.

Oubliées ? Est-ce vraiment un oubli ? Rassurez-vous, je n’y vois pas un complot, mais il devrait être possible de trouver une ou plusieurs explications à cette absence.

De fait l’imaginaire n’est pas totalement oublié, les films et séries inspirées par les littératures SFFF sont nombreux, connaissent de grands succès et font la une des médias. Et même si ces films et séries sont inspirées de livres les livres eux-mêmes sont assez vite oubliés.

Alors, pourquoi cette invisibilité des littératures SFFF ? L’image du lectorat de SFFF est celle d’un public adolescent plutôt masculin qui cherche avant tout une lecture d’évasion et de distraction. Cette image est facilement opposée à celle du lecteur de littérature dite classique qui a une approche plus intellectuelle et même au lecteur de romans policiers, thriller ou d’espionnage qui est plus mur et plus adulte.

Cette image, loin de la réalité, contribue à cantonner l’imaginaire à une littérature de niche qui a son utilité, comme introduction à la littérature pour un public jeune, qui adulte pourra enfin progresser vers des littératures plus sérieuses.

Et pourtant, loin d’une littérature de seconde zone, les littératures de l’imaginaire, qui ont une longue histoire, que l’on peut faire remonter aussi loin que l’épopée sumérienne de Gilgamesh en passant par l’Iliade et l’Odyssée, les romans Arthuriens, les contes et légendes de tous pays et qui vont jusqu’à des futurs lointains ou les sciences les plus complexes ont une importance prépondérante, présentent une richesse de thèmes et de récits n’ayant rien à envier aux autres formes de littératures.

Il faut reconnaître que ces littératures sont souvent déroutantes , d’autant plus dans les écrits contemporains ou l’intertextualité prend une plus grande importance et entraîne une difficulté à pénétrer certains ouvrages qui font appels à des concepts ou événements déjà connus des lecteurs assidus du genre.

Cependant, à mon sens, la véritable difficulté que rencontrent ces littératures à atteindre un lectorat et une reconnaissance plus importante est liée à leur nature intrinsèquement subversive.

Est subversif ce qui « renverse ou menace l’ordre établi, les valeurs reçues », et c’est bien la nature des littératures de l’imaginaire. Quel qu’en soit le propos politique, économique, spirituel ou religieux, tout ouvrage de SFFF a pour base un décalage avec l’ordre établi, ce n’est plus « notre monde », la base de chaque livre est en déphasage avec le monde de notre expérience quotidienne.

Ce décalage permet à l’auteur d’imaginer d’autres réalités, et au lecteur de comprendre qu’il pourrait exister d’autres possibles. « Et si … », voilà la base des littératures de l’imaginaire, et c’est sans doute aussi la base de son absence dans les médias.

« Et si… », ce ne peut pas être sérieux, et pourquoi pas de la magie tant qu’on y est ? Alors là, mon cher vous êtes en pleine science-fiction !

La bien-pensance souffre de cette incertitude et y voit instantanément une idéologie malsaine permettant toutes les dérives. Or les littératures de l’imaginaire ne se cantonnent à aucune idéologie et souvent l’idéologie ou la spiritualité soutenues par l’auteur d’un livre ne posent aucune contrainte au lecteur qui, lui, sait qu’il vient de rentrer dans un imaginaire qui est loin d’être unique et que dès la lecture terminée il pourra passer à un autre imaginaire parfois diamétralement opposé.

C’est bien là que se trouve la force de la SFFF, aussi riche et évolutive que la vie elle-même ouvrant tous les horizons, affranchie des contraintes du réel et défrichant la voie de tous les possibles.

Lisons sans limites!

Havensele Cité Blanche – Charlotte Bona

Après Cité noire, qui soulevait bien des interrogations, Cité blanche nous apporte des éléments de réponses. Mathilde découvre peu à peu la vie en Havensele, ses règles et sa hiérarchie parfois pesantes. Utopie ou Dystopie ? Pendant ce temps, la terre ne s’arrête pas de tourner. Thomas, préoccupé par les récents événements avec Mathilde et toujours profondément amoureux doit laisser à Alexian la gestion des émissaires, confrontés à une crise sans précédent en Asie centrale. Jonas participe aux projets de la fondation Andlauer mais envisage avec réticence son intégration à Havensele .
Toujours plus vite, ce deuxième tome, enrichi par la découverte de la vie en Havensele, poursuit le récit au rythme d’un thriller écologique et politique. On y découvre des conséquences inattendues de pollutions connues, une agence de renseignement américaine impitoyable, un coup d’état inquiétant en Asie centrale, et …
Cité, entité toujours aussi énigmatique, préoccupée par le sort de « ses enfants » et la destinée de la terre, mais pourquoi ? Sa présence, plus sensible dans ce deuxième roman, conserve cependant une grande part de mystère.
Ce deuxième tome de la trilogie d’Havensele, s’attarde moins sur les personnages eux-mêmes que sur les relations entre eux et les événements, il reste cependant porté par la personnalité de Mathilde dont on suppose qu’elle sera déterminante dans le troisième volume.
Encore une fois on attend la suite avec impatience.

Havensele Cité Noire – Charlotte Bona

Mathilde Morens, climatologue franco-suédoise travaillant sur la modélisation du changement de la mousson en Inde est menacée après avoir présenté des résultats controversés. Elle reçoit le soutien de la fondation Andlauer en la personne de Thomas Andlauer, séduisant play-boy millionnaire. Mais est-il seulement ce qu’il parait ? Quel est vraiment le but de la fondation? Quel est le lien avec ces visions qui apparaissent dans ses rêves. L’histoire qui débute sur un rythme de thriller, se complexifie avec l’apparition de la mystérieuse Cité, entité bienveillante mais impitoyable.
Ce premier tome centré sur les personnages pose plus de questions qu’il n’apporte de réponses, et on se retrouve impatient de lire la suite.

Interview de l’auteur

Les Furtifs – Alain Damasio

Les furtifs, fifs, vifs, vite la vie a soulevé et emporté Lorca et Sahar. Tishka leur fille s’est fondue dans les angles morts de la ville pour s’épanouir dans les vibrations du vivant. Requête, quête, conquête, alors que Sahar abandonne, Lorca rejoint les chasseurs pour traquer les furtifs. Dans ce monde de 2041, à peine extrapolé de notre présent dans ses tendances narcissiques et commerciales, Lorca, irradiant d’amour pour Tishka et Sahar, va attirer dans son sillage tous ceux qui rêvent encore d’autres et d’ensemble.
Roman de manque et d’amour, de vif et d’action, politiquement engagé, on y retrouve l’écriture extraordinaire de la Horde du contrevent. Ici ce n’est pas le vent qui contraint le langage, mais la vibration sous toutes ses formes, mouvement, son, lumière. Alain Damasio essaie de mettre en mots la profusion de la vie des furtifs en inventant un nouveau temps, le présent conditionnel, le temps de la furtivité, ou l’action est plus rapide que la pensée, qu’elle féconde et transforme l’empêchant de se fixer.
En dépit de certains passages figés par une militance trop voyante, la fluidité du récit, l’inventivité du langage, la puissance de l’amour et de la volonté de vivre de Lorca, Sahar, Saskia et tous les autres, la richesse des concepts font des Furtifs un roman passionné et passionnant.

Fanzine # 1

Le numéro un sorti un peu plus rapidement.

Un magazine d’amateurs issu de rencontres à la bibliothèque de Lambézellec.

Fanzine # 0

Le numéro zéro, un accouchement difficile pour un premier numéro.

Un magazine d’amateurs issu de rencontres à la bibliothèque de Lambézellec.

 

Exculture

Culture érigeant l’expertise, particulièrement économique, comme valeur suprême. Culture dominante au début du XXIème siècle, ayant atteint son apogée en France lors de l’élection d’Emmanuel Macron à la présidence de la République.